Nouvelle-Aquitaine Initiative pour une agriculture
Citoyenne et Territoriale

Face au défi du renouvellement des générations agricoles, les espaces-test constituent une réponse prometteuse, aussi en élevage !

Se tester avant de s'installer

Apparus aarton438 sxKOwUm.originalu début des années 2000, les espaces test offrent à des porteurs de projet la possibilité d’expérimenter leur activité dans un cadre sécurisé avant de s'installer. Ils se sont d’abord développés dans les filières végétales, leur mise en œuvre en élevage étant plus complexe. En effet, le coût et la responsabilité liés au cheptel, ainsi que les investissements importants qu’exigent les activités d’élevage, peuvent en effet sembler peu compatibles avec la logique du test. Mais aujourd'hui, le test en élevage se développe de plus en plus et semble plus que jamais un outil nécessaire.

Afin de mieux comprendre les freins et le potentiel de ces espaces-test pour la création ou la reprise d’exploitations en élevage, la Coopérative d’Installation en Agriculture Paysanne (CIAP) Champs du Partage (active en Poitou-Charentes et en Haute-Vienne depuis 2014) a mené une étude à l’été 2025. Ce travail s’appuie sur le mémoire de fin d’études d’Éléonore, apprentie en dernière année à Bordeaux Sciences Agro. Elle a conduit une quarantaine d’entretiens auprès d’acteurs variés : porteurs de projets en test, éleveurs cédants, structures de l’agriculture paysanne, collectivités territoriales, etc. Le réseau national des espaces tests, RENETA, a également permis de mobiliser une base de données, offrant un éclairage sur l’ampleur des expériences déjà menées en élevage au national depuis une vingtaine d’années.

L'enjeu du test en élevage

L’agriculture fait face à un défi majeur : la moitié des agriculteurs seront en âge de partir à la retraite d’ici 2030. Or, à ce jour, seul un tiers a trouvé un repreneur (INRAE, 2025). L’enjeu du renouvellement des générations est d’autant plus crucial que le nombre d’exploitations agricoles a déjà fortement chuté, passant de 490 000 à 390 000 exploitations entre 2010 et 2020. Ainsi, 496 365 chefs et coexploitants sont à la tête des exploitations agricoles de France métropolitaine en 2020, soit -18% par rapport à 2010. Les exploitations d’élevage sont particulièrement touchées par ce phénomène, avec une baisse de 30 % sur la même décennie, les exploitations bovines étant celles connaissant une plus grande chute de leur nombres (RA,2020).
Jambes Vache agriculteur

Le secteur de l’élevage traverse une véritable crise d’attractivité. Le renouvellement des générations est encore plus complexe dans l’élevage, où les investissements, les contraintes techniques et l’engagement personnel exigés freinent de nombreux candidats (Delanoue, 2024). En parallèle, alors que l’agriculture reposait historiquement sur une forte tradition familiale (Eychenne, 2014), on observe aujourd’hui une crise de la reproduction sociale, avec de moins en moins d’enfants d’agriculteurs qui reprennent l’exploitation familiale (Garciat-Parpet, 2008). Cela laisse place à un nouveau public à l’installation, non issu du milieu agricole. Bien que ce public ne soit pas complètement homogène (Mazaud, 2025), il rencontre des difficultés particulières d’accès au métier (Gazo, 2025a).

Marie Loisel chevre Idoki

Dans ce contexte, pour permettre à ces candidats de se professionnaliser, les espaces-test agricoles ont émergé en France. Ce dispositif offre un chemin réaliste et sécurisé pour transformer une ambition en activité viable. La notion de réversibilité y est centrale. Au vu du nombre de fermes à transmettre en élevage, la question du potentiel du dispositif à accueillir des porteurs de projets dans cette filière s’impose. Ainsi, lancer une étude visant à faire l’état des lieux, nommer les enjeux et présenter les perspectives du test d’activité agricole pour les reprises ou les créations d’activité en élevage semblait opportun.

Un accompagnement particulier en élevage 

Les résultats mettent en évidence l’existence de nombreuses situations de test en élevage, représentant près de 12% des situations, et soulignent leurs bénéfices. Les projets observés concernent majoritairement des systèmes extensifs, où les dimensions humaines, environnementales et territoriales sont centrales (par opposition aux systèmes intensifs de production animale). Grâce à sa flexibilité, l’espace-test s’adapte à des situations variées et à des attentes diverses des porteurs de projet : il peut servir de tremplin, dans une logique d’installation progressive, comme de terrain d’expérimentation. Finalement, il permet au futur éleveur de se confronter au métier et ainsi de confirmer ou d’invalider un projet. La possibilité pour l’entrepreneur de tester son projet en collectif est également un levier pour l’élevage, ou les astreintes sont fortes. Dans tous les cas, il offre un éclairage précieux pour se décider sur un métier aussi engageant.

2 jeunes test elevage bovins 1332 444

En outre, les retombées des projets accompagnés dépassent l’échelle individuelle. Les projets sont ancrés dans le territoire, et parfois même soutenus par ce dernier. Les entrepreneurs contribuent à une offre de production d’élevage de qualité et privilégient les circuits courts et de proximité, renforçant ainsi le lien entre producteurs et consommateurs. De plus, leur dimension collective et territoriale favorise la coopération et crée des nouvelles dynamiques rurales dans un secteur historiquement marqué par l’individualisme. Pour les collectivités, les espaces-test représentent également un terrain d’expérimentation de modèles de coopération, et permettent de renforcer leurs démarches alimentaires.

Si la transmissionpertinence du dispositif est démontrée, sa mise en œuvre pour les situations d’élevage demeure complexe et exige un accompagnement rapproché et des compétences de la part des structures de test. En effet, la gestion du cheptel nécessite une attention particulière et est associée à de nombreuses démarches et responsabilités. La mise à disposition des moyens de productions doit également être appréhendée avec beaucoup de rigueur car l’élevage nécessite parfois la mobilisation d’outils lourds. Certes, le statut d’entrepreneur à l’essai, qui ne permet pas d’accéder directement à l’emprunt, constitue un frein, mais l’intégration aux réseaux de l’Économie Sociale et Solidaire et la crédibilité des structures ouvrent de nouvelles perspectives de financement. Certains espaces-test vont même jusqu’à porter des projets ou accorder des prêts : un levier à développer pour attirer davantage de candidats, notamment en élevage où les investissements sont conséquents. En revanche, considérant la vulnérabilité financière des espaces-tests agricoles, un appui public est indispensable.

Revaloriser le métier d'éleveur

patchwork 8 1332 444Enfin, si le test offre un cadre sécurisant, il ne règle pas tout. De fait, les candidats à l’installation en élevage sont rares et s’orientent peu vers le dispositif. Afin de susciter des vocations, la valorisation du métier d’éleveur doit être organisée, ce qui suppose des évolutions plus larges dans les politiques agricoles. Celles-ci gagneraient à mieux soutenir les petites exploitations et à soutenir spécifiquement l’élevage, notamment dans les filières extensives. À terme, il est crucial de donner plus de place aux dispositifs de test et aux structures issues de l’agriculture paysanne pour libérer tout leur potentiel.

Pour découvrir l'étude et les recommandations d'Eléonore pour le développement du test en élevage :

Télécharger son mémoire d'étude (pdf)

Télécharger la synthèse (pdf)