Le Sénat commence à examiner la loi d’urgence agricole à compter du 29 juin. Pour Bio Nouvelle-Aquitaine, la question n’est plus seulement de stocker davantage d’eau, mais d’adapter durablement nos systèmes agricoles à une ressource de plus en plus rare et incertaine.
Alors que la Nouvelle-Aquitaine a déjà subi plusieurs vagues de chaleur en quelques semaines et se trouve désormais en pleine canicule, le Sénat s’apprête à examiner la loi d’urgence agricole à compter du 29 juin. Parmi les mesures phares du texte figure un objectif de doublement des capacités de stockage d’eau d’ici 2035. Pour Bio Nouvelle-Aquitaine, cette orientation ne répond pas aux défis auxquels l’agriculture française est confrontée. La question n’est plus seulement de stocker davantage d’eau, mais d’adapter durablement nos systèmes agricoles à une ressource de plus en plus rare et incertaine.

L’agriculture de demain s'impose
Ce que vivent aujourd’hui les agriculteurs de Nouvelle-Aquitaine et d’une large partie du territoire français, c’est l’agriculture de demain qui s’installe sous nos yeux. Après un premier épisode de chaleur remarquable dès la fin du mois de mai, la région connaît déjà un nouvel épisode caniculaire d’ampleur. Dans les exploitations agricoles, les conséquences sont visibles : cultures en stress hydrique, ralentissement de la croissance des végétaux et pâturages qui se dessèchent précocement. Les conséquences suscitent déjà de fortes inquiétudes à l’aube de la période estivale.
Nous le savons déjà, ces épisodes tendent à devenir la norme, le GIEC nous alerte depuis la publication de son dernier rapport (2023) : les vagues de chaleur et les sécheresses seront plus fréquentes et plus intenses à mesure que le réchauffement climatique se poursuit. Nombreux sont les scientifiques qui alertent également sur une disponibilité de la ressource en eau de plus en plus variable selon les territoires et les saisons.
Dans ce contexte, la future loi d’urgence agricole fait du stockage de l’eau sa principale réponse aux enjeux d’adaptation en prévoyant de faciliter la réalisation d’ouvrages destinés à l’irrigation. Pour Bio Nouvelle-Aquitaine, cette orientation risque de donner l’illusion qu’il serait possible de répondre aux défis climatiques de demain en poursuivant les mêmes modèles de production moyennant davantage d’eau stockée. Mais la question de l’accès à l’eau ne peut être traitée indépendamment de la résilience des systèmes agricoles et du partage de la ressource entre les différents usages.
Les fermes biologiques ne sont pas épargnées par la canicule. Elles développent néanmoins depuis plusieurs décennies des pratiques favorisant à la fois la robustesse des exploitations et une meilleure gestion de l’eau, notamment à travers des sols plus riches en matière organique, la couverture des terres, le maintien des haies et l’autonomie alimentaire des élevages
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Ces leviers sont aujourd’hui largement documentés par les travaux de recherche de l’INRAE qui montrent que l’adaptation de l’agriculture au changement climatique nécessite une transformation plus globale des systèmes de production, mais cette transition ne peut pas se faire à la seule échelle des parcelles.
Nous avons besoin d’une vision nationale fondée sur les connaissances scientifiques et sur l’adaptation de ses systèmes agricoles aux conditions climatiques de demain. Bio Nouvelle-Aquitaine appelle les parlementaires à dépasser une approche centrée sur le seul stockage de l’eau. La priorité doit rester l’accès à l’eau potable pour toutes et tous, puis la production alimentaire destinée à nourrir la population.
Télécharger le Communiqué de presse de Bio Nouvelle Aquitaine
L'eau, un bien commun
Les membres de notre réseau InPACT Nouvelle Aquitaine, dont fait partie Bio Nouvelle Aquitaine, tiennent à rappeler que l'EAU EST UN BIEN COMMUN indispensable à la vie de tous les êtres vivants.
Bien que nécessaire pour toutes les productions agricoles, l'eau n'est pas utilisée par irrigation par la majorité des agriculteurs. Prétextant ce faible pourcentage de surface irriguée, le monde agricole est poussé à opter pour la solution de l'irrigation, afin d'atténuer leurs pertes de productions. Cette fuite en avant sans limite a pour effet de changer le cycle de l'eau provoquant encore plus de sécheresses. En effet, stocker l’eau empêche celle-ci de s’infiltrer dans les sols, les nappes phréatiques peinent à se reconstituer, ce qui provoque une modification du fonctionnement hydrologique des bassins versants.

Un réseau hydrographique qui s’assèche, c’est tout un écosystème, puis tout un climat local qui s’en trouvent modifiés, avec un risque de désertification. D’autre part l’eau comme ressource courante et vivante se transforme en eau stagnante, qui s’évapore et se dégrade. Les pays qui se sont engagés dans du stockage et de l'irrigation à tout prix commencent à ressentir les méfaits d'une telle politique (assèchement complet de la mer d’Aral, sud-ouest américain où les énormes barrages sont vides, Espagne…).
L'urgence pour nous est d'aider à remettre en fonction le cycle de l'eau par du stockage dans des sols vivants (grand oublié de la gestion de l’eau) et les plantes et non par du stockage dans des réserves surdimensionnées qui ne seront qu'au profit d’une minorité. Accélérer la sobriété pour préserver une ressource limitée et réduire la dépendance de l’agriculture à l’irrigation devraient donc être des actions prioritaires.
L'agriculture doit s'adapter aux ressources mobilisables et non pas l'inverse. Il faut inciter les agriculteurs à s'engager dans des systèmes durables pour une gestion responsable tant de la quantité que de la qualité de l'eau, dans des systèmes agronomiques plus vertueux (rotation des cultures, moindre recours aux pesticides, diversification...).
Par ailleurs, l'accès à l'eau ne doit pas être réservé aux seuls détenteurs de droits historiques. Un volume d'eau disponible (récupéré sur ces droits historiques) doit être réservé à des projets nouveaux d'installation. Pour ce faire, l'eau doit être gérée collectivement, équitablement et de manière transparente.

Plus qu’une solution unique, c’est un changement profond du modèle agricole et de l’aménagement du territoire qui est nécessaire.
En tant qu'associations qui accompagnent au quotidien sur nos territoires les agricultrices et agriculteurs qui ne veulent pas aller vers ces systèmes mortifères pour l'ensemble du vivant, et qui choisissent des systèmes agro-écologiques adaptés à leurs territoires, nous ne pouvons approuver la politique de l'eau menée actuellement. Des solutions de stockage et des systèmes d’irrigation efficaces existent déjà dans de nombreuses fermes agro-écologiques. Il faut donc avant tout sortir d’un système agro-industriel toujours plus gourmand en eau et privilégier ces solutions déjà mises en oeuvre par l’agriculture citoyenne et territoriale que nous défendons.
S'adapter ensemble au changement climatique
Le Réseau InPACT a travaillé en 2022 à la capitalisation des pratiques mises en place au sein du Réseau dans la Région pour s'adapter au changement climatique. Ces mesures d’adaptation que nous proposons sont pensées avec les paysan-nes et les salarié-es de notre Réseau, de manière à prendre en compte les spécificités locales, les besoins, les contraintes, les techniques.
Cette publication ne se veut pas exhaustive mais souhaite présenter quelques solutions à essaimer pour à la fois atténuer le changement climatique et s’y adapter. Les paysannes et paysans de notre réseau tiennent à agir tant sur le volet de l’atténuation des phénomènes que sur l’adaptation de leurs pratiques. Nous ne traversons pas une crise environnementale et climatique mais une transformation inéluctable du système. Ainsi, il ne s’agit pas de présenter un modèle mais une multitude de pratiques pour entraîner l’ensemble des agriculteurs à se préparer rapidement à un changement en profondeur qui va bien au-delà de l’augmentation de la température.