Mardi 26 mai 2026, une centaine de personnes (viticulteur.ices, riverain.es, élu.es, professionnels de santé, membres d'associations et citoyen.nes) ont rempli la salle de Saint-Même-les-Carrières pour une conférence-débat organisée par la Confédération paysanne de Charente et Vigilance OGM et Pesticides 16. Face à elles, des intervenants aux présentations claires et documentées. La soirée a révélé des tensions, des émotions profondes, mais aussi une volonté collective d’agir.
Un héritage précieux et pesant à la fois
La viticulture façonne le Cognaçais depuis des générations. Elle est identitée, reconnue, transmise. Mais comme dans tout héritage, on ne choisit pas toujours ce que l'on reçoit. Les pesticides font désormais partie du legs : omniprésents dans les pratiques, persistants dans les sols et les milieux, et présents dans les corps. Les organisateurs l'affirment clairement : il ne s'agissait pas de dresser agriculteurs et habitants les uns contre les autres, mais de donner à chacun les moyens de comprendre ce qui se passe. La conférence a ouvert un espace pour nommer cela sans détour. Qui est exposé ? À quels risques ? Quelles alternatives existent ? Comment accompagner les agriculteurs sans les laisser seuls face aux difficultés économiques ? Ces questions, souvent esquivées, ont été posées frontalement, avec des réponses scientifiques, des témoignages vécus, et beaucoup d'humanité.

Des présentations claires pour comprendre, vraiment
La soirée s’est appuyée sur des interventions à la fois documentées et accessibles, abordant plusieurs dimensions essentielles du sujet.
Les participants ont notamment découvert la méthodologie utilisée pour élaborer la cartographie « baromètre de la pression des pesticides autour des écoles » (Le Monde, Décembre 2025) : choix des indicateurs, croisements de données, limites d’interprétation… Une transparence indispensable pour comprendre ce que cet outil permet de conclure, et l’utiliser avec discernement. Les échanges ont également mis en lumière la contamination généralisée des milieux : eau, air, chaîne trophique… Une présence diffuse, largement documentée, qui concerne l’ensemble du vivant. Certains pesticides persistent pendant des semaines, des mois, voire des années dans les sols et les organismes. Une réalité encore méconnue, qui modifie profondément notre perception des risques d’exposition. Les risques sanitaires ont aussi été abordés, en particulier pour les populations les plus vulnérables : effets des perturbateurs endocriniens, dangers de l’exposition prénatale, impacts sur les enfants ou les personnes fragilisées par la maladie. Enfin, la soirée s’est conclue sur les leviers d’action possibles, qu’ils soient agronomiques pour réduire les intrants à l’échelle des exploitations, ou collectifs, à l’échelle des territoires.

Des émotions à fleur de peau
Un héritage ne se partage jamais sans émotions. La salle en était le reflet. Des viticulteurs ont témoigné de leur épuisement face à des injonctions contradictoires : produire, rentabiliser, tout en gérant le coût élevé des intrants chimiques et la pression réglementaire croissante. D’autres, engagé.es en agriculture biologique ont répondu en partageant leurs expériences de transition, leur choix pour un autre modèle, qui permet de réduire la dépendance aux intrants, de retrouver davantage d’autonomie sur leur exploitation et, souvent, d’améliorer leur qualité de vie au travail.
Des riverains ont exprimé leurs inquiétudes sanitaires. Des membres de l'association Cancer Colère 16 ont mis des visages sur les statistiques.
Derrière chaque choix agronomique, il y a une vie, une famille, un territoire.

OEuvrer ensemble
Un héritage ne se règle pas dans l'affrontement, mais dans la confrontation honnête des intérêts et des valeurs. Les débats ont été vifs, les positions parfois opposées mais le dialogue présent.
La Confédération paysanne de Charente et Vigilance OGM et Pesticides 16 appellent à poursuivre ce dialogue, à exiger une information transparente des populations riveraines, et à soutenir des transitions agricoles économiquement viables, pour que la vigne reste un héritage vivant, et non un fardeau sanitaire transmis en silence.
Au-delà des divergences, cette soirée a aussi révélé une aspiration commune : celle d’agir localement pour préserver la santé, les paysages, les ressources et la qualité de vie de celles et ceux qui vivent sur le territoire. Beaucoup de participants sont repartis avec l’envie de poursuivre les échanges, de construire des solutions concrètes et de participer, à leur échelle, à un avenir plus vivable pour le Cognaçais.
