Le 21 octobre, le fonds de formation professionnelle Vivéa, auquel cotisent tous les agriculteurs et agricultrices pour avoir la possibilité de parfaire ou de transformer leurs pratiques, faisait savoir qu’il allait restreindre brutalement le financement des formations pour les deux derniers mois de l’année. Notre réseau est fortement impacté.
Injuste et incompréhensible
Les membres de notre réseau (ARDEAR, CIVAM, Bio Nouvelle Aquitaine, Mètis... ) étaient en pleine campagne de formation automnale et en préparation de celle de l’hiver quand les services Vivea les ont informés des mesures de restrictions strictes, gelant la tenue de formations pour les mois de novembre et décembre 2025. Cette décision intervient alors qu'ils avaient engagé des démarches et des frais. Elle a stoppé brutalement la dynamique de formations, au détriment du droit à la formation de contributeur·ices au fond, sans compter les impacts sur les structures en tant que telle, dans un contexte social et économique dégradé.
Dans les divers territoires de Nouvelle-Aquitaine où des formations sont proposées, cette décision a pour conséquences directes la déprogrammation d'au moins 30 journées de formation et une restriction d'une nombre de bénéficiaire. La grande majorité de ces formations ne pourront pas être reportées en 2026 au regard des formateur·ices mobilisé·es, de la disponibilité des paysan·nes, et du programme de formation déjà chargé pour le début d’année 2026. Et plus d'une centaine de paysannes et paysans contributeur·ices au fond, inscrit·es sur ces formations, se voient privé·es de formation sur cette fin d’année, et une dizaine de formateur·ices décommandé·es, dont une majorité de paysan·nes et artisan·es qui diversifient leurs activités en hiver.
Pour les structures de développement qui composent notre réseau, ce sont des milliers d'euros de chiffres d'affaires qui sont perdus. Rien que pour le réseau des Adear ce sont près de 40 000 € de manque à gagner, impactant drastiquement l’activité de ces organisme dans leurs engagements pris, en qualité de partenaire du fonds VIVEA et avec des implications sur le maintien des équipes salariées et la stabilité des structures.
Impliqués pleinement dans l’accompagnement à l’évolution des compétences des paysannes et paysans pour faire face aux enjeux sociétaux et aux changements climatiques, le refus de financement de ces formations vient freiner des projets d’évolution de pratiques, des projets de création de société agricole, des projets de mise en place d’atelier de transformation à la ferme.
L'Ardear Nouvelle Aquitaine a exprimé son vif désaccord dans un courrier à l’attention de Monsieur Olivier TOURAND – Président du comité régional Nouvelle Aquitaine et Président du comité territorial Limousin, et l'ensemble du réseau partage sa totale incompréhension devant l’inflexion brutale prise par la direction du fonds à travers ces mesures d’urgence, pour endiguer une baisse de collecte de cotisations formation professionnelle via la MSA, mal anticipée, afin d’assurer la « bonne » gestion des fonds de formation, sur la fin 2025.
Nous estimons que d’autres choix sont possibles. Par exemple, la baisse des prix d’achat généralisés par VIVEA auprès des OF permettrait d’assurer un maintien de la dynamique de formations. C’est également un choix beaucoup plus équitable. Il répartit l’effort entre OF dans l’esprit mutualiste du fonds, permettant à plus de contributeur·ices, de bénéficier d’un droit à la formation, quand ils·elles en ont besoin, notamment en période de baisse de l’activité agricole,
suivant les types de production.
Un véritable séisme
Les choix et priorités définies par VIVEA en cette période de restrictions apparaissent comme injustes et incompréhensibles. Ainsi, comme le rélève le Pôle InPACT national dans une tribune, certaines thématiques vont continuer à être prises en charge fin 2025, tandis que d’autres, tout aussi prioritaires, doivent être reportées à 2026. Les membres d'InPACT National ont fait remonter leurs très vives inquiétudes et celles des agriculteur·ices, avec cette politique de stop and go, pour se projeter en 2026, et accompagner par la formation les contributeur·ices au VIVEA (et ceux·celles en devenir). La confiance dans le fonds risque d’être atteinte, suite au mauvais signal de cette fin 2025.
Cet arbitrage dans le choix des thématiques maintenues paraît sacrifier les transitions agricoles. Concrètement, cela revient en effet à priver subitement les paysans et paysannes de leurs droits à se former sur des pratiques alternatives, des méthodes de cultures agroécologiques ou à des approches différentes de l’élevage. À l’heure où tout le monde vante la nécessaire évolution des pratiques agricoles et le besoin d’adaptation au changement climatique, Vivéa explique aux chefs d’exploitation, qui ont tous et toutes cotisé cette année comme les précédentes, que les droits que ces prélèvements étaient censés leur garantir se sont tout à coup évaporés.
La coopérative l'atelier paysan, dans une lettre ouverte à la directrice du fonds de formation professionnelle agricole Vivéa, indique que cet « ajustement budgétaire » est, pour des structures InPACT comme elle, un véritable séisme. "En écartant nos formations, Vivéa tourne le dos à ceux qui construisent l’agriculture paysanne au quotidien."