Nouvelle-Aquitaine Initiative pour une agriculture
Citoyenne et Territoriale

La coopérative d’irrigants Cogest’eau (départements 16, 17, 79, 86, 87) vient de déposer une demande de prélèvements d’eau à usage d’irrigation (AUP) pour les 15 ans à venir. Elle réclame un volume annuel de 52 Mm³, deux fois supérieur à la consommation moyenne actuelle et incompatible avec la ressource en eau de notre territoire. InPACT s'oppose à cette demande.

S'adapter aux ressources mobilisables et non pas l'inverse

Les membres de notre réseau qui rassemblent des paysan-e-s engagé-e-s dans des systèmes agroécologiques, tiennent à rappeler que l'EAU EST UN BIEN COMMUN indispensable à la vie de tous les êtres vivants.

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Le monde agricole est poussé à opter pour la solution de l'irrigation, afin d'atténuer leurs pertes de productions. Cette fuite en avant sans limite a pour effet de changer le cycle de l'eau provoquant encore plus de sécheresses. En effet, stocker l’eau ou prélever dans le milieu naturel empêche celle-ci de s’infiltrer dans les sols, les nappes phréatiques peinent à se reconstituer, ce qui provoque une modification du fonctionnement hydrologique des bassins versants. Un réseau hydrographique qui s’assèche, c’est tout un écosystème, puis tout un climat local qui s’en trouvent modifiés, avec un risque de désertification.

Bien que reconnaissant l'utilité de l'irrigation pour certaines productions et sous certaines conditions l'urgence pour nous est d'aider à remettre en fonction le cycle de l'eau par du stockage dans des sols vivants (grand oublié de la gestion de l’eau). Accélérer la sobriété pour préserver une ressource limitée et réduire la dépendance de l’agriculture à l’irrigation devraient donc être des actions prioritaires.

aspersionLes systèmes d'irrigation doivent être conçus dans une stratégie agronomique globale de préservation des sols, qui consiste à favoriser, en particulier, la fixation de carbone, mais également la fertilité des sols, la lutte contre le dérèglement climatique ainsi qu’une meilleure résistance à la sécheresse par une plus grande capacité de stockage de l'eau de pluie dans le sol. L'agriculture doit s'adapter aux ressources mobilisables et non pas l'inverse. Il faut inciter les agriculteurs à s'engager dans des systèmes durables pour une gestion responsable tant de la quantité que de la qualité de l'eau, dans des systèmes agronomiques plus vertueux (rotation des cultures, moindre recours aux pesticides, diversification...).

En tant qu'associations qui accompagnent au quotidien sur nos territoires les agricultrices et agriculteurs qui ne veulent pas aller vers ces systèmes mortifères pour l'ensemble du vivant, et qui choisissent des systèmes agro-écologiques adaptés à leurs territoires, nous ne pouvons approuver la politique de l'eau menée actuellement. Des solutions de stockage et des systèmes d’irrigation efficaces existent déjà dans de nombreuses fermes agro-écologiques. Il faut donc avant tout sortir d’un système agro-industriel toujours plus gourmand en eau et privilégier ces solutions déjà mises en oeuvre par l’agriculture citoyenne et territoriale que nous défendons.

Un accaparement de l'eau

champ de maisC'est pourquoi nous sommes signataires de la pétition adressée à Monsieur Jérôme HARNOIS, préfet de la Charente, préfet coordonnateur du sous-bassin de la Charente, de la Seudre et des fleuves côtiers de Gironde. En date du 8 décembre nous sommes plus de 300 à demander au préfet de dire NON au pillage de la ressource en eau pour des cultures intensives, polluantes, alors que l’ensemble de la zone est en déséquilibre hydrique structurel entre la ressource et les différents besoins.

Au 15 août 2025, 1 115 km de cours d’eau étaient strictement asséchés ou en rupture d’écoulement rien qu'en Charente. C'est dans ce contexte que les irrigants demandent pour les 15 années à venir des volumes deux fois plus élevés que ce qu'ils ont prélevé en moyenne sur les 10 dernières années. Ce n'est pas notre conception du partage du bien commun qu'est l'eau. 
 
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Une demande similaire, faite en 2017 avait été jugée illégale par les tribunaux. L’enquête publique trop courte (un mois), terminée le 24 novembre 2025, n’a pas permis à tout un chacun de prendre connaissance de la totalité des documents et de s’exprimer. D'où cette pétition.
 
L'eau doit être gérée collectivement, équitablement et de manière transparente. C’est un changement profond du modèle agricole et de l’aménagement du territoire qui est nécessaire, et non une augmentation du volume d'eau prélevé.