Nouvelle-Aquitaine Initiative pour une agriculture
Citoyenne et Territoriale

Après le Sénat, l'Assemblée nationale vient d'adopter définitivement la proposition de loi Duplomb. Ce projet de loi visant à « lever les contraintes » des agriculteurs, co-rédigé par le désormais tristement célèbre sénateur Les Républicains Laurent Duplomb, achève son feuilleton parlementaire par l’adoption définitive du texte par 316 voix pour et 223 contre ce mardi 8 juillet.

Une fuite en avant mortifère

Ni les 267 168 interpellations citoyennes ni les alertes des 1 200 médecins et scientifiques n’auront su enrayer la mécanique d’une loi écrite d’avance par les élites du syndicat majoritaire et l’agro-industrie. Ce texte entérine des régressions agricoles, sanitaires et écologiques d'une très grande gravité. Il entérine également un recul démocratique d’une ampleur inédite. 

Une fuite en avant mortifère et de très court-terme. Pendant ce temps, l’agriculture biologique meurt en silence : les aides s’effondrent, les déconversions se multiplient, et l’État affiche un soutien historiquement bas en matière de transition écologique. Les enjeux sont tout autre : garantir un revenu paysan par la mise en place de prix minimums garantis et l'installation de fermes partout sur le territoire.

Les solutions existent, nous en sommes la preuve

 Précurseurs dans la transition agroécologique, ce contexte nous pousse depuis plusieurs décennies, nous Réseau InPACT, à nous ajuster, nous réinventer. Nos membres disposent d’expertises complémentaires en matière d’accompagnement des changements de pratique. Notre capacité commune à concevoir, tester, déployer des dispositifs innovants fait notre force.

Depuis des années, nous nous attachons à repenser le modèle conventionnel. Nous nous engageons dans des démarches collectives d’amélioration de l’environnement. L’agriculture citoyenne et territoriale que nous défendons et pratiquons au quotidien, montre qu’il est possible de replacer l’agriculture comme source de solutions: relocalisation de la production, développement de l’agroforesterie, de la polyculture-élevage, pratiques plus économes en eau, diversifications des productions, utilisation de semences anciennes et d’espèces plus adaptées, gestion plus durable des sols, élevage extensif, etc.

Capture décran couverture 1332 444Ces pratiques vertueuses que nous vous présentons dans les brochures "S'adapter ensemble au changement climatique" et "Déployons ensemble une alimentation durable, paysanne et bio" montrent comment de la fourche à la fourchette nos paysannes et paysans vivent leur rôle premier de producteur de nourriture de qualité pour leurs congénères et pour eux-mêmes. Ces publications vous montreront que contrairement à ce qu'ils affirment, une autre voie que celle de l'agro-industrie existe et qu’elle est reproductible ! Les paysannes et paysans de notre réseau respectent la nature et la laissent agir. Et leurs résultats sont probants: nos pratiques agricoles restaurent les sols, améliorent la biodiversité, préservent les nappes phréatiques, produisent une alimentation de qualité. 

 

Nos structures, de par leurs actions agissent sur le terrain depuis plus de 30 ans et peuvent démontrer que les pistes d’évolution associées aux normes environnementales sont beaucoup plus prometteuses que certains discours ne le laissent penser.

"Il est désolant de voir nos dirigeants politiques et économiques persister sur la mauvaise trajectoire. Certes la remise en cause de notre monde économique est complexe et douloureuse, ne serait-ce qu’intellectuellement. Mais devant tant d’alertes du monde scientifique, tant de manifestations des changements naturels en cours, tant de maladie, il est invraisemblable de poursuivre la même trajectoire. 
Le virage que nous devons prendre est vertigineux. C’est pourquoi il est indispensable de penser collectif. L’existence du pôle InPACT est une richesse qui rassemble des compétences agronomiques, techniques, d’accompagnement, de soutien, avec des professionnels, des citoyennes et des citoyens qui peuvent porter des analyses au-delà de tout corporatisme. C’est une richesse à cultiver dans tous nos territoires." Freddy Le Saux, ancien administrateur du Pôle InPACT

« Danger sur la santé » 

Au delà de nos revendications en tant qu'associations de développement agricoles, c’est au nom de la science et de la protection de la santé humaine que les députés avaient déjà été appelés à ne pas voter ces dispositions par 1200 médecins et scientifiques, dans une lettre ouverte rendue public le 5 mai. Puis par les présidents des sociétés savantes françaises d’hématologie, de pédiatrie, de neurologie, du cancer, d’endocrinologie, de santé publique, de réanimation, de médecine interne, de chirurgie thoracique et cardiovasculaire, de pneumologie, neurovasculaire, de pathologie, de santé et environnement, les présidents de la Ligue nationale contre le cancer, de la fondation ARC pour la recherche sur le cancer, et le président du Conseil scientifique du Centre national pour la recherche scientifique (CNRS).`

Vingt mutuelles et groupes mutualistes avaient également appelé les députés à rejeter la proposition de loi Duplomb suite à la commission mixte paritaire : « Elle met en péril la santé publique et planétaire », alertent-ils. Ils appelaient à emmener les politiques publiques agricoles vers une réelle transition agricole, qui aille vers une sortie des pesticides de synthèse en se basant sur la mise en œuvre de pratiques agroécologiques à large échelle. 

Une loi qui piétine les alertes économiques elles-mêmes

Cinq jours avant ce vote, le 3 juillet, la Commission des comptes de l’agriculture publiait des chiffres alarmants :

  • Une baisse historique des revenus agricoles, qui confirme l’échec structurel du modèle dominant (le PIB agricole a chuté de 11,7% en 2024 après un recul de 7,8% en 2023).  
  • Une agriculture à deux vitesses, où seuls les plus gros s’en sortent grâce à des aides massives (40% des agriculteurs jugent toujours leur situation mauvaise début 2025).

La loi Duplomb empêche notre agriculture de progresser

HL BALOY 2816571 BD.width 1000.format webpLe 27 juin dernier, dix directeurs et directrices de recherche au CNRS enfonçaient le clou et affirmaient que « la proposition de loi Duplomb témoigne d’une vision court-termiste de l’agriculture et de ses conséquences sur l’environnement que nous partageons tous. Elle méprise la santé et le bien-être de la population ainsi que le rôle central des espèces sauvages dans la production agricole. Son adoption serait un recul majeur pour le bien commun, à un moment où citoyens et agriculteurs, conscients de l’importance des enjeux, souhaitent le développement d’une agriculture respectueuse des hommes et de leurs environnements, produisant une alimentation saine de manière durable ».

Deux biologistes de renom - Marc-André Selosse et Gilles Bœuf - expliquaient quant à eux pourquoi ils considèrent que l’agriculture française mérite mieux qu’une loi Duplomb, qu’ils n’estiment pas à la hauteur des enjeux. Ils aleretent sur le fait qu’elle promet un avenir pesant, alors que d’autres moyens donneraient des ailes à l’agriculture de demainLire l'article


Les membres de notre réseau condamnent fermement l’adoption de ce texte, en appelant à maintenir la pression notamment par un recours au Conseil constitutionnel.

Nous souhaitons réaffirmer notre soutien aux paysan·nes et citoyen·nes engagé·es pour une agriculture vivante et durable, une agriculture citoyenne et territoriale.

Nous appelons à la mobilisation pour défendre un droit fondamental : celui de manger et boire sainement, sans détruire notre environnement.

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